74 [ Patrick WILLOCQ aux Rencontres ARLES Photographie 2014 ]


PATRICK WILLOCQ
aux Rencontres ARLES Photographie 2014

Je suis Walé Respecte-Moi (2013)

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« Avec ce travail, je me suis plongé dans un rituel initiatique et j’ai essayé de produire un travail photographique à la fois documentaire et artistique témoignant au plus près de l’expérience des Pygmées Ekonda de la République démocratique du Congo. Pour les Ekonda, le moment le plus important de la vie d’une femme est la naissance de son premier enfant. La jeune mère, appelée Walé (« mère primipare allaitante »), retourne chez ses parents pour y rester recluse de deux à cinq ans. En respectant divers tabous, notamment sexuels, elle acquiert un statut similaire à celui d’un patriarche. La fin de son isolement est marquée par des danses et des chants rituels extrêmement codifiés qui sont, à chaque fois, une création unique propre à chaque Walé. J’ai toujours été fasciné par les tribus indigènes car j’ai l’impression qu’elles sont les dépositaires d’une forme de richesse que nous avons perdue. Le rituel des Walé est un magnifique hommage à la maternité, à la fertilité et à la féminité. C’est pourquoi j’ai proposé à des Walé que je connaissais depuis plus d’un an de participer à des mises en scène capables de témoigner d’une partie de leur histoire personnelle, chaque image étant censée représenter visuellement l’une des pensées intimes qu’elles chanteront le jour de leur libération. » | Patrick Willocq

album photos Pinterest



  • Asongwaka, Wadé éduquée

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    Disciplinée comme une écolière, Walé Asongwaka, « la belle » (21 ans, 3 ans de réclusion, mère de Bola, son mari a disparu) a accepté d’aller en réclusion, malgré elle, obtempérant à la décision de son père. Elle chante aussi qu’elle est allée à l’école et sait donc lire et écrire (ce qui est assez rare, les jeunes filles pygmées n’ayant pas toujours accès à l’éducation). Elle affiche ainsi sa supériorité par rapport à ses rivales (comme les chefs indigènes ou agents coloniaux jadis, elle est transportée sur une chaise « tipoy »).
    La chanson d’Asongwaka

  • Walé Asongwaka seule en prison

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    Le père d’une jeune mère primipare décide si elle suivra ou non le rituel Walé. Walé Asongwaka, « la belle », (21 ans, 3 ans de réclusion, mère de Bola, son mari a disparu) chante ici ce qu’elle a ressenti lorsqu’il y a 3 ans, immédiatement après avoir accouché, son entourage lui impose d’aller en réclusion contre son souhait : c’était comme si on la jetait en prison. A travers cette comparaison, elle exprime aussi la solitude vécue pendant son isolement.

  • Wadé Epanza Makita, honneur, prestige et pouvoir

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    Le prestige et le pouvoir sont dérivés du respect qu’elle gagne pour observer l’interdit sexuel pendant toute la période de sa réclusion, en dépit de son attractivité et de sa jeuness. Epanza Makita. « la fauteuse de trouble » (19 ans, mariée, 1 an de réclusion, mère de Lotitia) chante ici que tout comme la laie qui se défend et protège son petit en cas d’agression, elle fait de même lorsque les hommes lui font des propositions. Se glorifiant ainsi, elle discrédite au passage les autres Walé qui, elle suppose, ont rompu l’interdit.
    La chanson d’Epanza Makita

  • L’arche de Walé Oyombé

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    Une femme Walé passé la majeure partie de sa réclusion dans la case maternelle. Elle y bénéficie d’un soin tout particulier : sa mère l’initie dans son nouveau rôle social et ses assistantes s’occupent d’elle. Walé Oyombé, « la chanteuse », (21 ans, mariée, 5 ans de réclusion, mère de Angèle) compare ici sa vie en réclusion à un bateau, au bord duquel elle navigue, enfermée et accompagnée de son entourage. Les panaches au vent, Oyombé arrive au terme de son voyage, annonçant la fin de sa réclusions.
    La chanson d’Oyombé

  • Walé Lokito, partage non équitable

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    Une Walé (et son enfant) est régulièrement servie de nourriture de bonne qualité. Avec très peu d’activités physiques (le rituel Walé impose de nombreux interdits comme aller aux champs), elle prend du poids. Son apparence grasse, un symbole de fécondité, est très appréciée dans la société Walé Lokito, « la bruyante », (17 ans, 2 ans de réclusion, mère de Liema, père inconnu) chante qu’elle aurait souhaité avoir un mari pendant sa réclusion (comme ici Walé Epanza Makita) : elle aurait reçu une plus grande quantité de nourriture (car à la charge du mari) et son corps serait plus dodu. Elle se plaint auprès des pères du clan car ils favorisent leurs épouses au détriment de leurs sœurs et filles non mariées (le cas de Lokito).
    La chanson de Lokito

  • Les biens de Walé Lokito

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    Le rituel Walé impose de nombreux interdits à Walé Lokito, « la bruyante », (17 ans, 2 ans de réclusion, mère de Liema, père inconnu) comme aller aux champs, préparer ou se servir à manger. Elle passe donc la majeure partie de son temps dans sa case. Elle s’occupe d’elle et de son enfant, ou encore de ses biens accumulés en vue de sa prochaine sortie. La période de réclusion peut s’allonger par manque de moyens ou si son mari disparaît (biens à la charge du mari). Traditionnellement de 2 ans, il arrive aujourd’hui qu’une Walé passe 5 ans ou plus en réclusion. Mais l’honneur de la Walé et du clan sont en jeu et il est hors de question qu’elle sorte sans avoir réunit tous les biens.
    La chanson de Lokito

  • Walé Oyombé, dans l’ennui et la solitude

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    Retour à l’époque coloniale, les administrateurs de territoire imposent le travail forcé à la population. Comparant sa vie dans la réclusion, Walé Oyombé (22 ans, mariée, cinq ans de réclusion, mère d’Angela) évoque sa solitude quotidienne et son ennui lorsque les femmes qui s’occupent d’elle vont travailler dans les champs. Le rituel impose divers tabous à une Walé comme l’interdiction d’aller dans les champs, elle passe donc le plus clair de son temps recluse et seule à la maison pour prendre soin de son enfant.

  • Epanza Makita, batwalé

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    Pour les pygmées, la chauve-souris est une étrange créature, mi animale, mi oiseau. En se comparant à la chauve souris, Walé Epanza Makita, « la fauteuse de trouble ». (19 ans, mariée, 1 an de réclusion, mère de Lotitia) exprime sa singularité et affiche sa supériorité car ses rivales (ici Walé Lokito), ne pourront pas la copier (le rituel Walé a la particularité de mettre les jeunes femmes en concurrence car il y va de l’honneur de la famille qu’une Walé ai plus de prestige et de pouvoir que ses rivales).
    La chanson d’Epanza Makita

  • Walé Asongwaka s’envole

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    Le jour de son spectacle de fin de réclusion, Walé Asongwaka, « la belle », (21 ans, 3 ans de réclusion, mère de Bola, son mari a disparu) montera sur un échafaudage (clôture) muni d’une nacelle en forme d’avion qui lâchée (pendaison) tombera au sol, signifiant la fin du rituel Walé. Pour les Ekonda l’avion est une invention européenne (avion votre blanc) leur étant inaccessible. S’adressant aux autres Walé, Asongwaka chante sa supériorité ; elle seule aura les moyens de prendre l’avion (le rituel Walé a la particularité de mettre les jeunes femmes en concurrence car il y va de l’honneur de la famille qu’une Walé ai plus de prestige et de pouvoir que ses rivales).
    La chanson d’Asongwaka

  • Walé Oyombé et la polygamie

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    Le prestige et le pouvoir de la Walé sont dérivés du respect qu’elle gagne pour avoir observé l’interdit sexuel pendant toute la période de sa réclusion, en dépit de son attractivité et de sa jeunesse. Mais une conséquence directe du rituel Walé est d’encourager la polygamie, socialement acceptée par la communauté. Ici Walé Oyombé, « la chanteuse », (22 ans, mariée, 5 ans de réclusion, mère de Angèle) pose avec son mari et sa deuxième femme. Il arrive malheureusement que le mari quitte la Walé. La charge de financer la fête de sortie revient alors à ses parents ou à un prétendant ce qui allonge la période de réclusion, aggravant d’autant sa solitude.

  • Walé Oyombé et Mpia, vannerie artisanale

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    Le rituel Walé impose de nombreux interdits à la jeune mère comme aller aux champs, préparer ou se servir à manger, lui laissant tout le temps pour se faire belle, s’occuper de sa santé et celle de son enfant. Le sel métier autorisé est la vannerie artisanale. Ici Walé Oyombé, « la chanteuse », (22 ans, mariée, 5 ans de réclusion, mère d’Angèle) et Walé Mpia, « la visiteuse », (20 ans, mariée, 3 ans en réclusion, mère de Bigael) fabriquent toute sorte de paniers et corbeilles qu’elles vendront aux femmes du village, leur procurant ainsi une maigre source de revenus.

  • Walé Oyombé, nkúmu

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    Jadis un chef indigène (nkúmu) se déplaçait sur un « tipoy » accompagné de son armée. Walé Oyombé, « la chanteuse », (22 ans, mariée, 5 ans de réclusion, mère d’Angèle) chante qu’elle est fière d’être comparée à un patriarche car elle a respecté l’interdit sexuel pendant sa réclusion (discréditant les autres Walé qui, elle suppose, ont rompu l’interdit). Tout comme un chef indigène, elle se déplace donc en « tipoy », et compare ses assistantes aux soldats de l’époque car celles-ci assurent quotidiennement sa survie et sa sécurité.
    La chanson d’Oyombé

  • Walé Asongwaka, enfin libre

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    A l’issue du spectacle de fin de réclusion, Walé Asongwaka, « la belle », (21 ans, 3 ans de réclusion, mère de Bola) est redevenue une femme normale, comme tant d’autres au village. Elle est retournée dans la case de son mari. Le lendemain, elle et son enfant se sont enfin affichés fièrement à la vue de toute la communauté dans leurs plus beaux habits. Son mari avait disparu il y a 3 ans immédiatement après l’accouchement. Il est revenu le jour de sa sortie et Asongwaka l’a repris comme époux sans hésiter.

Liens
Les Rencontres Arles Photographie 2014
Patrick Willocq
Les chansons : La chanson d’AsongwakaLa chanson d’Epanza MakitaLa chanson d’OyombéLa chanson de Lokito (1) – La chanson de Lokito (2)La chanson d’Epanza MakitaLa chanson d’AsongwakaLa chanson d’Oyombé
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cd | dernière modification, le 30 août 2014


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Cinéma, concert, théâtre, expo... L'objet de l'art nous touche parce qu'il est traversé par notre histoire et rempli des joies de nos existences. | Vertigo, Jean-Pierre Esquenazi
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