71 [ Cycle Road Movie • PAPER MOON (La Barbe à papa) • St-Restitut 28/7/2014 ]


CINQ VILLAGES font leur CINÉMA 2014
Cycle Road Movie

St-Restitut, lundi 28 juillet à 21h30, Carrière de la Barrière, 90 Route de Suze
Paper Moon (La Barbe à papa), de Peter Bogdanovich
USA / 1973 / 1h38 / Noir & blanc / VOST / vidéo / Comédie dramatique
Album photos Pinterest

post7101Tatum O’Neal (Addie  Loggins) et Ryan O’Neal (Moses Pray)

« Je veux mes deux cents dollars ! » | Addie

Résumé
Dans le Middle East des Etats-Unis, pendant la Dépression. Moses assiste à l’enterrement de l’une de ses anciennes maîtresses. La défunte laisse une fillette de neuf ans, Addie, dont Moses est peut-être le père. Des voisins lui demandent de conduire la fillette dans une ville proche où sa tante l’accueillera. En chemin Addie découvre bien vite que Moses n’est qu’un escroc qui vend des bibles en porte-à-porte à des prix exorbitants, mais la gamine va se révéler une très bonne élève. Bientôt, les deux compagnons forment une petite équipe…
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Générique
Réalisation : Peter Bogdanovich
Interprétation : Ryan O’Neal (Moses Pray), Tatum O’Neal (Addie Loggins, Oscar 1973 de meilleure actrice dans un second rôle), Madeline Kahn (Trixie Delight), John Hillerman (Jess Hardin), PJ Johnson (Imogene), Jessie Lee Fulton (mademoiselle Ollie), …
Scénario : Alvin Sargent, d’après le roman « Addie Pray » de Joe David Brown
Photographie : Laszlo Kovacs
Musique : Harold Arlen
Décors : John Austin
Costumes : Polly Platt
Production : The Directors Company, Saticoy Productions, Paramount Pictures
Tournage : Gorham (Kansas), Hays (Kansas), Doniphan (Kansas), Comté d’Andrew (Missouri), Saint Joseph, (Missouri)
Format/Durée : 35 mm, 1.85:1, noir & blanc, mono, 98 min
Première :  16 mai 1973 (New York City, New York, USA), 13 décembre 1973 (France)
Distributeur : Swank



De pères en fil(le)s
par Bernard Bénoliel, Jean-Baptiste Thoret / Road Movie, USA, p.69-70 / Les Éditions Hoëbeke / 2011

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  La Barbe à papa, Peter Bogdanovich, 1973. Récit haut en couleur (et en noir et blanc) d’une double initiation : celle d’un homme, tuteur par défaut, et d’une orpheline s’inventant une ascendance à sa convenance. C’est sur les chemins du récit, entre le Kansas et le Missouri de la Dépression, que se tisse ce drôle de lien « familial », un lien redoublé par la vérité documentaire d’une relation père/fille, l’acteur Ryan O’Neal donnant ici la réplique à la toute jeune Tatum O’Neal. Eastwood aussi a eu l’idée ou le désir, précisément et seulement pour Honkytonk Man, de faire jouer son fils Kyle à ses côtés. Sans compter ce qui se joue à distance, dans ces mêmes années 1970, entre Fonda père et fils ou de John Carradine (Les Raisins de la colère) à David Carradine (Bertha Boxcar, En route pour la gloire)… Comme si les années 1970 avaient ce désir d’être l’enfant des années 1930; comme si toute histoire située dans ces années-là valait comme métaphore d’un passage de relais, au point que certains cinéastes et acteurs s’adressent à leurs enfants depuis un âge de l’histoire américaine qui en fait dans la fiction leurs grands-parents…



Conversation avec Peter Bogdanovich
Extraits d’un entretien réalisé à Los Angeles, en décembre 2009 / Road Movie, USA, p.113-114 / Les Éditions Hoëbeke / 2011

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Peter Bogdanovich avec Tatum et Ryan O’Neal sur le tournage de Paper Moon (La Barbe à Papa), 1973

  Les cinéphiles les plus jeunes le connaissent sans doute sous les traits du Docteur Elliot Kupferberg, psy élégant aux allures de Droopy dans la série Les Soprano, dont il a dirigé un épisode en 2004. Pour les autres, Peter Bogdanovich occupe une place paradoxale dans cette galaxie disparate que l’on appelle le Nouvel Hollywood.

  Un pied dans les années 1970 et ses audaces formelles et un œil qui lorgne, avec admiration, du côté de l’âge d’or du cinéma classique américain dont il a voulu prolonger la ligne, Bogdanovich débute comme cinéphile et critique (articles et plusieurs essais sur Ford, Hawks et Orson Welles, dont il fut un proche) avant d’intégrer « l’écurie » du producteur Roger Corman. En 1968, il réalise son premier film, La Cible, dans lequel une star vieillissante du cinéma d’horreur (Boris Karloff) se confronte à la violence arbitraire de l’Amérique du Vietnam. Deux ans plus tard, Bogdanovich pose sa caméra dans le creux d’un Texas endormi et tourne en noir et blanc La Dernière Séance, en compagnie d’une jeune génération d’acteurs prometteurs (Jeff Bridges, Cybill Shepherd, Ellen Burstyn) et de Ben Johnson, l’une des gueules fétiches de Ford. Grand succès critique pour ce film élégiaque qui capte avec délicatesse la fin d’une forme d’innocence (les années 1950, une certaine façon de faire des films) et l’incertitude du monde qui vient. Après On s’fait la valise, Doc ? (1972), screwball comedy moderne avec Ryan O’Neal et Barbra Streisand et deuxième plus gros succès du box-office de l’année 1972 après Le Parrain, Bogdanovich pose sa caméra en plein cœur du Midwest (le Kansas) et réalise La Barbe à papa (Paper Moon, 1973), un road movie situé pendant la Dépression et adapté du best-seller de Joe David Brown, Addie Pray.

UN RÊVE DE WESTERN

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What’s Up, Doc? (On s’fait la valise, Doc ?), 1972

   Juste après On s’fait la valise, Doc ?, j’étais censé tourné un western pour la Warner Brothers avec John Wayne, Jimmy Stewart, Henry Fonda, Cybill Shepherd et Ben Johnson. J’avais choisi d’écrire le scénario avec Larry McMurtry, qui avait l’Ouest dans la peau. Nous nous sommes rencontrés au Fontainebleau Hotel de Miami avec Cybill Shepherd qui tournait alors Le Brise cœur, le film d’Elaine May… « Quel genre de western?’ m’a demandé Larry. « Comme La Rivière rouge [Howard Hawks, 1948], je voudrais que l’on suive une piste, qu’on aille quelque part. Commence le trajet où tu veux ». « Alors, on partira du Rio Grande, m’a répondu Larry, et on ira ensuite vers le nord ». En quelques jours, nous tenions un formidable scénario de deux cent-cinquante pages ! Fonda était d’accord, Stewart aussi, mais John Wayne refusa en m’expliquant que cela ressemblait à un western sur la fin du western et qu’il n’était pas prêt à raccrocher ses éperons. « Mais tu ne meurs pas dans le film ! ». « C’est vrai, mais tous les autres oui », m’a-t-il répondu. Des années plus tard, j’ai appris que Ford, sur son lit de mort, lui avait demandé de ne pas le faire. Ford m’avait déjà donné Ben Johnson pour La Dernière Séance, mais John Wayne, c’était trop. Or pour moi, ce western n’avait de sens que si ces quatre acteurs étaient réunis. Treize ans plus tard, Larry McMurtry est allé voir la Warner dans mon dos et a racheté le script du film pour quatre-vingt cinq mille dollars. Il en a tiré Lonesome Dove qui fut un immense best-seller, mais n’a jamais dit qu’il était basé sur un scénario que nous avions écrit ensemble…

D’ADDIE PRAY A PAPER MOON

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  Après l’abandon du western je me suis retrouvé sans projet. J’ai donc accepté une offre que m’avait déjà faite la Warner: réaliser une adaptation d’Addie Pray. « John Huston veut le faire avec Paul Newman, mais nous préférons que ce soit vous ». J’ai donc lu le roman, qui nécessitait beaucoup de travail. Surtout, j’ai dit au chef du studio que je ne ferais le film qu’à une seule condition : avec Ryan O’Neal et sa fille Tatum. Or Bob Evans, le producteur, ne voulait pas de Ryan parce que celui-ci avait eu une liaison avec Ali MacGraw, la femme d’Evans, pendant le tournage de Love Story. Mais grâce au succès de On s’fait la valise, Doc ?, ce fut impossible pour Evans de refuser. Je n’aimais pas le titre du roman, Addie Pray, cela me faisait penser à un nom de serpent. Or à chaque fois que je tourne un film d’époque, je me renseigne sur les chansons populaires de la période. Pour Addie Pray, qui se situe en 1935, j’ai écouté toutes les chansons diffusées entre 1928 et 1935. C’est là que j’ai découvert It’s Only a Paper Moon, une chanson écrite en 1933 et popularisée par Nat King Cole. Ces deux mots m’ont marqué et sont devenus le titre du film. Je me souviens avoir appelé Orson Welles qui était à Rome pour lui demander ce qu’il pensait du titre : « Le titre est tellement bon que tu n’as pas besoin de faire le film, sort juste le titre ! ».

LES COULEURS DE LA DÉPRESSION

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  La Barbe à papa se déroule pendant la Dépression et j’ai pris la décision de tourner en noir et blanc, alors que tout le monde était contre. Mais Ryan et sa fille étaient blonds aux yeux bleus, et en couleurs le film aurait ressemblé à une production Disney. Or nous sommes en 1935, une vague de pauvreté s’est abattue sur l’Amérique, c’est Les Raisins de la colère! Ce n’était ni beau, ni mignon, ni épique, mais le Kansas aride et déserté de la Dépression. En même temps, il s’agissait pour moi de ne pas rendre la filiation avec le film de Ford trop évidente. Par exemple, je n’ai pas voulu filmer ces files de hobos errants sur les routes. Il y a juste un plan, lorsqu’un camion tombe en panne, qui est une référence directe aux Raisins de la colère. D’ailleurs, nous parlions de cette séquence comme de la « Joad Family » ! En fait, j’ai plutôt cherché à retrouver l’atmosphère légère de Steamboat Round the Bend [John Ford, 1935], même si le fantôme des Raisins de la colère plane évidemment sur tout le film. Vous savez, J’ai réalisé deux films situés pendant les années 1930, La Barbe à papa et The Cat’s Meow (2001). C’était une période très dense, très riche en événements, de la Dépression à la politique de Roosevelt, qui avait une résonance particulière pour les gens des années 1970.



Filmographie sélective de Peter Bogdanovich (1939-)

Réalisateur

  • The Last Picture Show (La dernière séance), 1971
  • What’s Up, Doc? (On s’fait la valise, Doc?), 1972
  • Paper Moon (La Barbe à papa), 1973
  • The Cat’s Meow (Un parfum de meurtre), 2001



Programme Cinq Villages font leur Cinéma 2014 – Cycle Road Movie – 28 juillet / 1er août 2014 – 21h30



Sources
Road Movie, USA / Bernard Bénoliel, Jean-Baptiste Thoret / Les Éditions Hoëbeke /2011
Road Movie, USA / Bernard Bénoliel, Jean-Baptiste Thoret / présenté par Jean-Luc Lacuve, CinéClub de Caen
Le nouvel Hollywood; Coppola, Lucas, Scorcese, Spielberg… / Peter Biskind / Le Cherche Midi, 2002 / Points, 2008



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dernière mise à jour : 21 juillet 2014

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