60 [ À la rencontre de PROUST et DURAS • Clansayes 12 avril 2014 ]


Clansayes, Salle des fêtes, le 12 avril 2014 à 17h30

A la rencontre de PROUST et DURAS

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Comme chez Proust, l’imaginaire est chez Marguerite Duras inséparable de la mémoire des lieux :
« La mémoire est pour moi une chose répandue dans tous les lieux… »
confiait-elle à Michelle Porte (Les Lieux de Marguerite Duras, p. 96)

17h30 – 18h30 Marcel PROUST par Laurence Grenier
18h30 – 19h30 Marguerite DURAS par Marie-Claire Mir
19h45 – 20h30 Face à face PROUST / DURAS
20h30 – 21h30 Buffet « auberge espagnole »
21h30 – « Soirée hommage » sur invitation


Organisation « Ça bouge à Clansayes ». Information et réservation sur www.cbac.frcontact@cbac.fr – tél. 0681 46 60 59
Participation aux frais : 10€ – 8€ pour les membres ÇBAC et MDT. Ouverture de la billetterie dès 17h15.

« Dans l’ordinaire de la vie, les yeux de la duchesse de Guermantes étaient distraits et un peu mélancoliques, elle les faisait briller seulement d’une flamme spirituelle chaque fois qu’elle avait à dire bonjour à quelque ami; absolument comme si celui-ci avait été quelque mot d’esprit, quelque trait charmant, quelque régal pour délicats dont la dégustation a mis une expression de finesse et de joie sur le visage du connaisseur. Mais pour les grandes soirées, comme elle avait trop de bonjours à dire, elle trouvait qu’il eût été fatigant, après chacun d’eux, d’éteindre à chaque fois la lumière. Tel un gourmet de littérature, allant au théâtre voir une nouveauté d’un des maîtres de la scène, témoigne sa certitude de ne pas passer une mauvaise soirée en ayant déjà, tandis qu’il remet ses affaires à l’ouvreuse, sa lèvre ajustée pour un sourire sagace, son regard avivé pour une approbation malicieuse; ainsi c’était dès son arrivée que la duchesse allumait pour toute la soirée. Et tandis qu’elle donnait son manteau du soir, d’un magnifique rouge Tiepolo, lequel laissa voir un véritable carcan de rubis qui enfermait son cou, après avoir jeté sur sa robe ce dernier regard rapide, minutieux et complet de couturière qui est celui d’une femme du monde, Oriane s’assura du scintillement de ses yeux non moins que de ses autres bijoux. » Marcel PROUST, Sodome et Gomorrhe, II, I (blog publié le 10 mars 2014 par proustpourtous)

« Ça rend sauvage, l’écriture. On rejoint une sauvagerie d’avant la vie. Et on la reconnaît toujours, c’est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. On est acharné. On ne peut pas écrire sans la force du corps. Il faut être plus fort que soi pour aborder l’écriture, il faut être plus fort que ce qu’on écrit. » Marguerite DURAS, 1993



Accro à Proust
Nina HUBINET – pour CAUSETTE #44, Avril 2014, p.82

Longtemps, Proust m’est tombé des mains. Jusqu’à un long voyage en Italie où nous avons roulé des dizaines d’heures. Dans le lecteur de CD, la voix d’André Dussollier lisait « Du côté de chez Swann ». C’est en traversant les Alpes que j’ai commencé à entendre la petite musique dans ma tête. Aimantée, je n’avais qu’une hâte : remonter dans la Modus et rouler encore, et je me foutais bien des musées et des paysages. La petite musique ne m’a plus jamais quittée. Si, à vous aussi, Proust vous échappe ou si, au contraire, vous en êtes fan, voici quelques propositions de rencontres…

Il y a presque quinze ans, cette pharmacienne de Sceaux a rencontré Marcel Proust. Lire « À la recherche du temps perdu » a été, pour elle, une sorte de renaissance. Depuis, elle a décidé de convertir ses semblables et donne des lectures dans les jardins publics.

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Pour l’amour de Marcel

Le froid mordille le bout des doigts, ce dimanche de janvier, mais le soleil inonde les larges pelouses du parc de Sceaux. De quoi réjouir les joggeurs en tenue fluo et les familles avec enfants sautillants, tricycles et poussettes. À l’abri d’une haie, dans le jardin soigné qui jouxte le « petit château », un groupe d’une dizaine de personnes se tient à l’écart de l’agitation dominicale. Ils écoutent religieusement une petite dame blonde, cheveux au carré, lire un passage d’ À l’ombre des jeunes filles en fleurs, où Proust décrit le talent d’une tragédienne : « Ainsi dans les phrases du dramaturge moderne comme dans les vers de Racine, la Berma savait introduire ses vastes images de douleur, de noblesse, de passion, qui étaient ses chefs-d’œuvre à elle, et où on la reconnaissait comme, dans des portraits qu’il a peints d’après des modèles différents, on reconnaît un peintre. » La lectrice appuie sur chaque mot, se reprend parfois, déconcentrée par deux enfants qui passent devant elle en courant. Puis elle relève les yeux vers son auditoire, sourire émerveillé aux lèvres: « C’est magnifique, non ? »

À quoi ça sert de lire Proust ?

Cela fait deux ans que Laurence Grenier, 64 ans, pharmacienne de son état, vient offrir la prose de Proust à qui veut bien l’écouter, un dimanche sur deux, dans le parc de Sceaux ou au Jardin du Luxembourg. Parmi ses auditeurs, on trouve d’autres « proustiens », eux aussi sous l’emprise de la Recherche, mais aussi des néophytes qui ne l’ont jamais lue. « J’ai rencontré des gens qui détestent et d’autres qui adorent, donc je voulais me faire ma propre idée », explique Nadia, quadragénaire qui travaille à l’université d’Orsay. « Ça m’a donné envie, je vais essayer de m’y mettre », promet-elle avant de mordre dans une madeleine. C’est l’heure de la pause : Laurence sert du thé et distribue ses fameuses madeleines maison, qui attirent peut-être autant que le goût de la littérature. Avant de reprendre sa lecture, elle justifie son obsession littéraire sur un ton joyeux :

« À quoi ça sert de lire Proust ?
À vous découvrir vous-même, à vivre plus intensément.
On sait tous que la vie est courte, donc autant la « multiplier ! »

Rencontre avec Marcel Proust aux États-Unis

Sa propre « révélation proustienne », la pharmacienne la raconte comme une sorte de thérapie par l’art. Elle a rencontré Marcel Proust sur le tard, autour de la cinquantaine. En 2000, alors qu’elle vit aux États-Unis avec son mari américain et leurs trois enfants, elle ouvre pour la première fois Du côté de chez Swann, sur les conseils de son père.

« Au début, je me disais juste: « Ah oui, il ya de belles phrases » … Et puis, à la page 62, tout à coup, j’ai fondu en larmes. Il décrit simplement Françoise, la vieille domestique, qui fait la cuisine. Mais ça m’a bouleversée… C’était comme si je découvrais une âme que je ne savais pas que j’avais. »

Elle se lance alors à corps perdu dans son œuvre. « À l’époque, mon mari venait de perdre son boulot, mes fils s’étaient fait arrêter pour une histoire de joint… Moi, je me disais :

« Je m’en fous, je lis Proust ! » »

Peu sensible à la littérature, son mari ne comprend pas la passion soudaine de Laurence. Quant à ses enfants, ils pensent qu’elle est devenue folle. Quelques mois plus tard, la born again littéraire divorce et rentre en France, ses enfants sous le bras. Avec une idée en tête: faire connaître Proust dans le texte, pour que d’autres « proustiens » qui s’ignorent puissent goûter au bonheur.

Mystique proustienne

Elle commence par rédiger un « abrégé » de la Recherche, parce qu’elle constate que les trois mille pages rebutent souvent les lecteurs. Mais aucun éditeur n’en veut. « En France, résumer Proust, c’est sacrilège! » Qu’à cela ne tienne, elle édite elle-même son livre de cinq cents pages et en vend un millier d’exemplaires. Sur son blog, intitulé « Proust pour tous », elle part d’événements de sa vie quotidienne et les relie à des passages de la Recherche. Puis lui vient l’idée de lire Proust en plein air. « Aux États-Unis, on lit Shakespeare dans les jardins, l’été… Pourquoi pas ici ? » Petit à petit, un cercle d’amateurs de littérature, retraités, comptables ou traducteurs, se constitue autour de Laurence. « C’est la première à s’adresser à tout le monde, à sortir du cénacle des intellectuels snobs », souligne son amie Jahida, admirative. Est-ce qu’elle n’aurait pas, du même coup, inventé une sorte de « mystique » proustienne ?

« Proust permet de toucher à quelque chose qui nous dépasse, mais sans passer par la croyance » ,

s’enthousiasme celle qui se dit agnostique. Certains se tournent vers le yoga ou le bouddhisme, Laurence Grenier a choisi Proust pour donner un sens à sa vie. Et l’offre, depuis lors, en partage aux promeneurs du dimanche qui, au détour d’une allée, tombent sur cette drôle de dame en train de parler de Charlus, Swann ou Albertine comme s’il s’agissait d’amis proches et s’arrêtent pour tendre l’oreille, intrigués.

Je ne lis pas Proust par morceaux, je fais le voyage.
Françoise FABIAN | Eclectik par Perrine Malinge, 6.4.2014, 42′ | France Inter

À 41’09. « …Celui qui m’a appris le plus ce que j’étais et qui m’a appris à regarder les choses comme j’aime les voir, c’est Proust. Tout ce que je suis, je l’ai appris par lui. Toute la mémoire est volontaire. Toutes les subtilités des sentiments, tout ça j’en ai eu conscience chez moi à travers la lecture de Proust. Et je l’ai lu au moins une dizaine de fois en entier. « Oui. Je fais le voyage avec Proust. Je ne lis pas Proust par morceaux, je fais le voyage. » Et ma fille me disait, encore, encore tu lis ça ! Et je disais, laisse-moi, laisse-moi, c’est tellement beau, c’est tellement important, c’est tellement extraordinaire… »

A la rencontre de Marguerite Duras
par Marie-Claire MIR

Marguerite Duras, née Donnadieu, aurait 100 ans cette année. Sa célébrité est désormais mondiale. Elle est sans doute l’auteur de la seconde moitié du XXème siècle le plus traduit (en trente-cinq langues), le plus lu, le plus commenté.

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Jusqu’à l’Amant, paru en 1984, et pour lequel elle obtint le prix Goncourt, l’histoire de sa reconnaissance fut mouvementée. En dehors d’un public relativement restreint de fervents, elle fut longtemps l’objet de controverses, et elle a 70 ans lorsque, publiant l’Amant, elle fait l’objet, cette fois-ci, d’une consécration quasiment unanime. Certains ne connaissent d’elle que cette œuvre. Quel dommage !

Lorsque furent publiés en 2006 à titre posthume les Cahiers de la Guerre, sorte de journal écrit de 1941 à 1943, et dont le premier, d’une authenticité absolue, relatait les faits bruts, tels qu’ils apparaissent, transformés, métamorphosés, dans d’autres œuvres, on s’aperçut du degré de construction de ce que l’on appelle désormais le cycle familial ou indochinois, certains parlent d’un mythe.

Sur les quelques 70 titres à son actif – certains relèvent du roman, d’autres du cinéma, du théâtre, du journalisme, d’entretiens, son œuvre est multiple et diverse – j’en ai conservé 12, qui évoquent explicitement les premières années. C’est de ceux-là dont je parlerai principalement.

J’ai pensé que dans une rencontre avec Proust, qu’elle avait lu et qu’elle connaissait bien, Marguerite aurait parlé avec lui du « temps », de l’impérieuse nécessité de le retrouver, et du rôle que la littérature joue dans cette quête. J’ai donc choisi de retenir dans l’œuvre le travail en spirale que Marguerite a accompli tout au long de sa vie sur son enfance et ses années indochinoises, depuis sa naissance en 1914 jusqu’à son départ définitif en 1932. Cela commence avec les Impudents en 1941 et s’achève avec L’Amant de la Chine du Nord en 1991. Sans cesse sur le métier, elle remet l’ouvrage de sa vie au VietNam.

« On n’est personne dans la vie vécue, on est quelqu’un dans les livres, et plus on est quelqu’un dans les livres moins on est dans la vie vécue. » (Entretiens avec Jean-Pierre Certon, France Culture, « Les nuits magnétiques », 1980)

Dans cette phrase, Marguerite Duras montre à quel point elle est devenue elle-même le personnage de ses livres et à quel point ses livres ont peu à peu supplanté la réalité, lui proposant, il faut l’espérer, une version plausible de son histoire.

Ecrire toute sa vie, ça apprend à écrire. Ca ne sauve de rien. C’est tout. (1995)


Ouvrages de Marguerite Duras cités par Marie-Claire Mir

Les impudents (roman) 1941
La Vie tranquille (roman) 1944
Cahiers de la Guerre et autres textes (journal) 1943-2006
Le Boa (nouvelle) 1947 (lecture par Marine Landrot | Télérama 10’16)
Un barrage contre le Pacifique (roman) 1953
Des journées entières dans les arbres (nouvelle) 1954 repris au théâtre 1965
Les enfants maigres et jaunes (article) 1975
L’Eden Cinéma (théâtre et scénario) 1977
Les lieux de Marguerite Duras (entretiens) 1977
Agatha (théâtre) 1981
L’Amant (roman) 1984
L’Amant de la Chine du Nord (roman) 1991

Marguerite Duras ou le cinéma comme envoûtement musical
Cinéma song, par Thierry Jousse | 10.4.2014, 1h28 | France Musique

Cela ne vous aura peut-être pas échappé, chers auditeurs, mais on célèbre ces jours-ci le centenaire de la naissance de Marguerite Duras, née le 4 avril 1914 près de Saïgon. Alors que l’auteur de romans tels que Un Barrage contre le Pacifique, Moderato Cantabile, Le Ravissement de Lol V. Stein ou L’Amant est unanimement reconnu à sa juste valeur, la cinéaste Marguerite Duras est aujourd »hui bien oubliée.

Pourtant de La Musica en 1966 aux Enfants en 1984, en passant par Le Camion en 1977, Duras a construit une œuvre cinématographique à nulle autre pareille dont l’épicentre nerveux est sûrement India Song, sorti en salles en 1975. Le cinéma de Duras est un cinéma différent fondé sur le son, la voix, le texte, le langage et la musique. Un cinéma forcément musical donc qui s’appuie, entre autres, sur les envoûtantes partitions de Carlos d’Alessio qui fut le complice de la grande Marguerite, un cinéma que je vous propose d’explorer dans Cinéma Song…

Sources et liens

À la Recherche du Temps perdu | Marcel Proust | Editions Gallimard
Les sept leçons de Marcel Proust | Laurence Grenier | Editions de la Spirale
ProustPourTous, le blog de Laurence Grenier
Causette – le magazine plus féminin du cerveau que du capiton …
podcast : UN ETE AVEC PROUST, par Laura El Makki du 5.8 au 23.8.2013 | France Inter (38 x 20′)
podcast : Françoise FABIAN | Eclectik par Perrine Malinge, 6.4.2014 | France Inter (46′)

Marie-Claire Mir, biographie en quelques dates
Marie-Claire Mir, bibliographie, romans édités chez Publibook
Marguerite Duras, des images qui nous parlent d’elle, par Nathalie Crom, 4.4.2014 | Télérama n° 3351
podcast : Marguerite Duras cinéaste | Projection privée du 31.12.2011, par Michel Ciment | France Culture (59′)
podcast : Marguerite Duras ou le cinéma comme envoûtement musical | Cinéma song, par Thierry Jousse | 10.4.2014 | France Musique (1h28)

 



Prochain blog :
[ Cycle Jean EPSTEIN à la Cinémathèque française du 30 avril au 25 mai 2014 ]
Rétrospective de plus de 30 films et courts-métrages dont plusieurs copies restaurées présentées en exclusivité en hommage à Jean Epstein, le phare de l’avant-garde cinématographique française des années 20 • Edition d’une biographie: Jean Epstein, une vie pour le cinéma | Ed. La Tour verte • Coédition la Cinémathèque française et Potemkine Films de 14 films de Jean Epstein en 3 coffrets thématiques: Les Productions Albatros (1924-1925) – Les Productions Jean Epstein (1926-1928) – Les films bretons (1929-1948).

dernière mise à jour : 11 avril 2014

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Ça bouge à Clansayes www.cbac.fr email: contact@cbac.fr
CaBougeAssez cabougeassez.wordpress.com email: cabougeassez@gmail.com twitter: @CaBougeAssez

A propos CaBougeAssez

Cinéma, concert, théâtre, expo... L'objet de l'art nous touche parce qu'il est traversé par notre histoire et rempli des joies de nos existences. | Vertigo, Jean-Pierre Esquenazi
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