39 [ Cycle Films Mythiques • LE GUÉPARD • Valaurie 2/8/2013 ]


CINQ VILLAGES font leur CINÉMA 2013
Cycle Films Mythiques

Valaurie, vendredi 2 août à 21h30, Place des Patineurs
Le Guépard (Il Gattopardo), de Luchino Visconti
Italie / 1963 / 3h04 / VOST / vidéo: Blu-ray / drame historique

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Résumé
  1860. Tandis que la Sicile est submergée par les bouleversements de Garibaldi et de ses Chemises Rouges, le prince Salina se rend avec toute sa famille dans sa résidence de Donnafugata. Prévoyant le déclin de l’aristocratie, Salina accepte une mésalliance et marie son neveu Tancrède à la fille du maire de la ville, représentant la classe montante.?

  • La devise du Guépard  « Si nous voulons que tout reste inchangé, il faut que tout change. »


Des paysages et des portraits de famille ressemblant à des tableaux
  Comme dans tous les films tournés au milieu ou à la fin de sa carrière, Luchino Visconti brosse ici un portrait du déclin, de la mort lente d’une époque aimée. La sympathie de Visconti, aristocrate devenu socialiste, pour le prince vieillissant est manifeste. L’autorité de celui-ci est au-dessus des conflits politiques et des barrières de classe, on dirait que la marche impitoyable de l’histoire ne peut rien contre elle. En fait, l’esprit pragmatique de Don Fabrizio est empreint d’humilité ; dans des invocations quasi mythiques se manifeste l’amertume de voir disparaître un ordre établi : « Nous étions des guépards, des lions et des aigles; des moutons, des hyènes et des chacals prendront notre place. » Le refus de l’ordre bourgeois par Visconti – le résultat à long terme du Risorgimento – correspond à l’attachement passionné et sensuel à un pays inhospitalier avec sa chaleur oppressante et ce sol desséché qui, selon le prince, refuse depuis des siècles toute transformation. Le grand styliste du cinéma italien a fixé cette « immobilité voluptueuse » dans des paysages et des portraits de famille ressemblant à des tableaux. Le bouleversement esthétique est provoqué par la beauté de la déchéance, dans laquelle les personnages semblent souvent faire partie du décor – comme si, abandonné du déclin, ils étaient vivants une dernière fois.

Exigences de la 20th Century Fox et gloire posthume
  Malheureusement le destin du film était lié au roman qui lui a servi de modèle. Si la réflexion conservatrice de l’aristocrate sicilien Giuseppe Tomasi di Lampedusa évoque un contrat de mariage historique entre l’aristocratie et la haute bourgeoisie, le comte lombard Visconti dut lui aussi s’allier au capital et accepter les exigences du coproducteur 20th Century Fox qui lui imposait une star américaine dans le rôle principal. Il eut de la chance avec Burt Lancaster. Celui-ci, scruté au départ par les yeux de lynx de Visconti, posa avec ce film un jalon de sa carrière, d’ailleurs cette relation féconde déboucha sur deux autres films. En contrepartie, le producteur accepta l’opulence et le coût des décors étudiés dans tous les détails, qui deviendra la marque de fabrique de Visconti. En revanche, il rejeta la vastitude épique de sa narration emphatique qui déploie en particulier sa splendeur dans la séquence du bal qui dure près de 40 minutes. Le film qui durait 205 minutes à l’origine fut raccourci jusqu’à ce que le réalisateur se distancie de son œuvre en menaçant de passer devant les tribunaux. Le tirage de copies sur du matériau bon marché fit disparaître le brillant et les couleurs de l’œuvre. Le succès commercial ne fut pas au rendez-vous. Au milieu des années 80, on reconstruisit une version de 186 minutes en Technicolor, qui contenait des scènes inédites et qui restitua enfin au chef-d’œuvre son éclat d’antan. Mais ici encore, Visconti, mort en 1976, connut le même destin que Lampedusa puisque la gloire fut posthume.

Source: Films des années 60; Jürgen Müller; Taschen; 2004
 

  • Don Fabrizio  « J’appartiens à une caste proche de sa fin… Je n’ai aucune illusion et suis incapable de me tromper moi-même… Il est trop tard. Les Siciliens, qui étaient des colons depuis 2500 ans, veulent aujourd’hui le sommeil, la mort, l’immobilité. Nous étions des aigles et des guépards ; à notre place viennent des agneaux et des vautours. »  (Visconti; Actes Sud/Institut Louis Lumière; 2009) 


Entretien avec Claudia Cardinale
  « J’ai rencontré Luchino pour Rocco et ses frères, où j’avais un petit rôle. Un jour, j’ai compris qu’il m’avait remarquée : on tournait une scène très violente, où tout le monde se disputait. Tout à coup, Visconti a pris son mégaphone et s’est exclamé :“Ne me tuez pas la Cardinale !” On a commencé le tournage du Guépard par le fameux bal, la scène où je valse avec Burt Lancaster. C’était incroyable. Toute la noblesse sicilienne était là pour la figuration. Brusquement, Luchino a arrêté le tournage de la scène pour montrer, dès le premier jour, que c’était lui le maître du plateau et pas la grande star américaine. Il m’a dit : “Viens ! Quand monsieur Lancaster sera prêt, on reprendra.” Mais ensuite, ils sont devenus très amis. Luchino était perfectionniste. Tout ce que je portais dans Le Guépard, même ce qui était dans mon sac, était d’époque. Y compris mes dessous, un corset tellement serré que j’ai eu la taille meurtrie jusqu’à la fin du tournage. J’étais proche de Visconti. On habitait dans la même rue à Rome, via Salaria, et on se voyait très souvent. Il me disait toujours que je ressemblais à une chatte qu’on pouvait caresser… mais aussi à un fauve qui dévore son dompteur ! Il était très exigeant sur un plateau. On ne pouvait rien faire sans son autorisation. C’était concentration et silence total. »

Source: Propos recueillis par Cécile Mury (Télérama)

 

Générique
Réalisation : Luchino Visconti
Interprétation : Burt Lancaster (Don Fabrizio, prince de Salina), Claudia Cardinale (Angelica Sedara), Alain Delon (Tancredi Falconeri, neveu du prince), Paolo Stoppa (Calogero Sedara), Rina Morelli (Maria Stella Salina), Romolo Valli (le père Pirrone), Lucilla Morlacchi (Concetta Salina), Serge Reggiani (Don Ciccio Tumeo), Terence Hill (le comte Cavriaghi), Pierre Clémenti (Francesco Paolo Salina), Ivo Garrani (le général Pallavicino), Leslie French (Chevally)
Scénario : Luchino Visconti, Suso Cecchi D’Amico, Pasquale Festa Campanile, Massimo Franciosa, Enrico Medioli, d’après le roman de Giuseppe Tomasi Di Lampedusa, Il Gattopardo
Photographie : Giuseppe Rotunno
Musique : Nino Rota, d’après des thèmes de Verdi
Décors : Mario Garbuglia
Costumes : Piero Tosi
Production : Titanus, Rome
Tournage : en Sicile et à Rome, d’avril à octobre 1962
Format/Durée : 35 mm, couleur Technicolor / 5482 m = 201 min
Première : 27 mars 1963 à Rome
Distributeur : Fox Pathé Europa



Biographie et filmographie de Luchino Visconti
  Le génie de Visconti culmine dans ces grandes scènes, souvent en rouge et or, que sont l’opéra de Senso, le bal du Guépard, le château de Munich de Ludwig, les salles du grand Hôtel de Mort à Venise, ou le salon de musique de L’innocent. Ce sont les images cristallines d’un monde en décomposition… Biographie et filmographie de Luchino Visconti par le Ciné Club de Caen

Luchino Visconti, un cinéaste aussi célèbre qu’inconnu
  Par Serge Daney – Viscontiens, encore un effort (à l’occasion de la projection de « Ludwig » par Arte en 2008)
  Par Olivier Bombarda – Biographie / Senso : pour une rupture historique / Rocco et ses frères : un réalisme voilé / Les Damnés : décadence Noire / Mort à Venise : critique / Ludwig – partie 1 et partie 2

Un site dédié à Luchino Visconti
  Biographie, filmographie commentée, entretiens, documents sonores au format MP3, liens et forum de discussion… Un site dédié à Luchino Visconti par Emmanuel Denis

 
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